Mokume Gane

Publié le 24 Septembre 2012

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Alliances or jaune et gris 18k et argent 925

Qu'est-ce que c'est ??

Le mokume gane (prononcé mokumé gané) est une technique japonaise de "damasquinage" de métaux non ferreux : traditionellement l'or, l'argent, le cuivre et des alliages comme le shakudo, le shibuishi et le kuromido.

Cette technique fut mise au point au 17ème siecle et était destinée à la fabrication des gardes des katanas. Elle fut ensuite appliquée à la fabrication d'objets ornementaux avant de tomber en désuétude. Elle sera "redecouverte",  redeveloppée et théorisée par des bijoutiers comtemporains occidentaux comme Steve Midgett, James Binnion et Ian Freguson (cf les liens au bas de l'article). En retrouvant et perfectionnant les recettes de cette discipline, ils ont aussi élargi la gamme des metaux utilisables en incluant entre autres l'aluminium, le titane, le platine, le palladium, le fer et l'acier.

En des termes simples, le mokume gane consiste à entremeler et à fusionner différents métaux (de compositions et de couleurs différentes) afin de former une masse homogène et travaillable sans pour autant les melanger (comme la pâte à modeler de notre enfance qui finissait toujours en blob marronasse). C'est là toute la difficulté et toute la beauté de cette technique puisque que l'on travaille avec des matériaux aux propriétés différentes (temperature de fusion, de recuit, conductivité, maléabilité etc.).

TechArt Mokume Gane4TechArt Mokume Gane6

Une fois les différents métaux fusionnés, il s'agit de manipuler ce "feuilletage" pour creer un motif.

Le mokume gane permet donc l'élaboration de motifs dans la masse de l'objet. Le terme "mokuné gané" signifie d'ailleurs " le noeud du bois", motif emblematique cette technique.

Les motifs du mokume gane peuvent êtres formés et manipulés par la torsion, l'abrasion, la gravure, la ciselure, la corrosion, la patination... Il peut être forgé, souder, façonné, émaillé, serti, etc. Sa température de travail dépendra des alliages qui le composent.

Il permet une immense variété de motifs et de nuances, des plus subtils aux plus constrastés.

TechArt Mokume Gane2mokume palladium et or blanc

http://www.hooverandstrong.com/blog/archives/98/ 

http://www.riogrande.com/Product/14K-Palladium-White-Gold-and-Argentium-Silver-Mokum233-Gane-Sheet-18-Ga/103505?pos=5 )

 

Mokume gane et joaillerie :

Le mokume gane est bien représenté dans le domaine de la bijouterie et joaillerie contemporaine et "artistique".

D'une mise en oeuvre délicate et du fait d'une part d'aléatoire dans le résultat il se prête mal à la production itérative. On ne peut ni le mouler, ni le fondre, ni reproduire un même motif avec exactitude.  On peut néanmoins trouver des demi-produits comme des planés et des baguettes de mokume gane ou de bi-métal chez certains fournisseurs outre-atlantique ( Rio Grande  ou Reactive Metals par exemple).

L'autre obstacle à la diffusion de cette technique est la garantie des métaux précieux. Il existe pourtant des poinçons mixtes et des poinçons pour les métaux précieux juxtaposés aux métaux communs ( http://www.douane.gouv.fr/data/file/4817.pdf ). Il est aussi possible de faire un mokume gane d'or de même titre qui devrait, théoriquement, être poinçonnable.

Il n'est pas surprenant que le mokume gane soit totalement absent de la Haute Joaillerie. Je trouve tout de même dommage que nos grandes maisons ne se soient pas encore penchées sur cette technique et je m'interroge sincèrement sur les raisons de cette ommission.

Je ne crois pas que la problematique du poinçon soit insurmontable pour une grande maison (surtout si elle a un grand groupe comme Richemont o LVMH derrière elle). 

Cette technique est sans doute peu diffusée parmi les maîtres-artisans de la place Vendôme d'autant que nos très illustres confrères sont davantage poussés à mettre en oeuvre et en valeur des pierres exceptionnelles plutôt que leur virtuosité metallurgique.

D'autre part, la Haute Joaillerie est un mileu assez conservateurs où l'on peut difficilement prendre le risque de "déprécier" une oeuvre en y mélangeant des materiaux "moins nobles"  comme les alliages de cuivre traditionnels, mais cet argument perd de sa force face aux mariages d'ors gris et roses par exemple ou à celui de l'or et du platine. De plus, ces codes de noblesse et de préciosité ont déjà été bousculés par le travail de Victoire de Castellane par exemple quand elle n'hésite pas à recouvrir l'or et le platine de laques et de palliettes ou celui de Lydia Courteille qui noircit l'or jusqu'a lui donner l'apparence de l'argent terni. On peut aussi citer la strategie d'une maison comme Mauboussin qui désacralise la joaillerie par une démarche marketing de conquête.

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http://www.madeinjoaillerie.fr/2011/02/exposition-fleur-dexces-bijoux-victoire-de-castellane/

lydia courteille

 

http://lydiacourteille.com/index-fr.html

 

Bref,  je n'ai pas vraiment de réponse à mon questionnement. Je constate que le Mokume est sousreprésenté dans une certaine branche de notre métier.

Cette technique a tout à fait sa place dans les vitines de la place Vendôme ou de la rue de la Paix dans des déclinaisions qui reste à inventer.

C'est peut-être encore tôt, après tout cette technique n'a été "redécouverte" il y a seulement une soixantaine d'années. Les moeurs joaillières sont sans doute moins promptes au changement que leurs cousines de la Haute Couture...

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James Binnion (or jaune 18k, or gris14k, argent, platine, diamant) et Steve Midgett (or gris 18k, argent, diamants)


 

http://en.wikipedia.org/wiki/Mokume-gane

http://www.mokume.com/mokume_gane_gallery.html

http://metal-connexion.fr/forum/travail-du-mokume-gane-t3393.html

http://www.mokume-gane.com/documents/SantaFePaper.pdf

http://www.reactivemetals.com/http___www.reactivemetals.com/Home.html

http://www.riogrande.com/

Rédigé par Juliette Arda Designs

Publié dans #Cervelle et théorie

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